Famille · La maladie dans la famille
Quand le frère ou la sœur en bonne santé devient invisible
Les frères et sœurs des enfants atteints d’une maladie chronique sont souvent « ceux qui n’ont pas de problèmes ». Ce qui leur arrive, et ce que les parents peuvent faire.
Dans une famille où un enfant a une maladie chronique, il y a presque toujours un autre enfant dont on dit qu’« il va bien ». Il ne demande rien, ne fait pas d’histoires, a de bonnes notes, aide. C’est l’enfant qui a compris très tôt que ses parents n’avaient plus de place pour un problème de plus, et qui a décidé, sans savoir qu’il décidait, de ne pas en être un.
Cet enfant vit des choses qu’il ne peut pas dire. De la jalousie envers l’attention que reçoit son frère malade — et de la honte pour cette jalousie, parce que « lui, il souffre vraiment ». La peur de tomber malade à son tour. La culpabilité d’être en bonne santé. La colère parce que les vacances ont encore été annulées. Tout cela reste, d’habitude, sans mots, parce que chacune de ces choses semble interdite.
Ce qui ne se dit pas se montre autrement. Parfois à l’école, par une chute brutale des notes ou par une sagesse excessive. Parfois dans le corps : maux de ventre, sommeil agité. Parfois des années plus tard seulement, chez un adulte qui ne sait rien demander pour lui-même et qui sent que ses besoins sont, par définition, moins importants que ceux des autres.
Les parents n’ont pas eu tort. L’attention est allée là où était l’urgence, et c’est ainsi qu’il fallait faire. Mais certaines choses sont possibles. La première est de nommer ce qui se passe : « Je sais que depuis le diagnostic, nous nous sommes davantage occupés de ton frère. Ce n’est pas juste envers toi, même si nous n’avons pas eu le choix. » La deuxième est de protéger un temps qui n’appartient qu’à lui, si court soit-il. La troisième, la plus difficile, est de lui permettre d’être en colère — contre son frère, contre vous, contre la maladie — sans que cette colère soit aussitôt corrigée par un « mais lui, il souffre ».
Quand un psychologue peut-il aider ? Quand l’enfant « sage » est devenu trop sage. Quand il ne demande plus rien. Quand vous sentez que vous ne le connaissez plus, alors qu’il ne fait rien de mal. Un espace où il peut dire ce qui n’a pas de place à la maison est, parfois, tout ce dont il a besoin.
Si vous vous reconnaissez dans ce texte, vous trouverez davantage sur la page Le diabète de type 1 →
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